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EMELINE MICHEL, LA REINE DES COEURS
par Etzer
Brédy -
À quoi sert une chanson, si elle est désarmée écrivait Roda-Gil pour Julien
Clerc dans la chanson utile de (1982) et ces paroles quelques années plus tard
résonnent encore dans ma tête à l’audition de toutes œuvres musicales, surtout
haïtiennes. Je cherche, toujours pour voir, si l’artiste a mis son art au
service de sa civilisation. Car on peut l’admettre ou pas, il y a des devoirs
qui s’imposent aux artistes.
Dans son roman, l’homme révolté publié en 1951, Albert
Camus l’avait compris et pouvait avec son génie écrire, non sans raison, pour
qu’il y ait art, l’artiste doit adopter une certaine vision du monde, une
certaine attitude. Cette attitude nécessaire est la révolte. Et tous les
artistes révoltés doivent dire non !
Notre diva nationale Emeline Michel depuis toujours
n’a fait que nous présenter son cahier de revendication. Il nous suffit de
revisiter sa discographie pour s’en rendre compte de l’utilité artistique de
son œuvre. Mais ce qui m’a le plus étonné, c’est quand la reine de cœur a
assumé dans une entrevue cette posture de l’artiste engagé en affirmant : «
L'art et la culture font partie de la stratégie pour aider Haïti. Il faut
donner de l'espoir aux gens de mon pays. »
L’artiste refuse toute fatalité, elle oppose
d’irrésistibles exigences à ce qui est. Sa révolte n’est pas ornementale, mais
l’essence de son œuvre. Elle n’accepte pas la situation du pays qui va à
vau-l’eau, piétinée, souffletée sans grand espoir apparent. Elle chante pour
que cette perle enfouie dans la boue, à cause de nos couardises, de nos
lâchetés et de nos fausses querelles depuis trop longtemps, brille encore de
nouveau. Qui dit mieux ! Nous sommes sonnés de faire que le jour se lève
encore en Haïti !
Le contenu de la révolte d’artistes comme Emeline
Michel devienne indispensable, essentiel pour que l’espoir grandisse. Et tout
peuple empruntera aux artistes une grande part des images qu’il forme du
monde. Voilà la première grande motivation de l’œuvre utile : modeler la
pensée de ses auditeurs. Et quand on sait le rôle de la musique chez nous, les
haïtiens mélomanes ne devraient pas, à mon humble avis, consommés, appréciés
une musique désarmée. Dans notre situation politique, l’art pour l’art n’est
d’aucune utilité à l’action déterminante et au changement désiré!
Ce n’est pas un débat d’école sur le rôle de l’art.
Nous ne pouvons pas nous en payer un tel luxe. Dans le cas de l’alma mater, il
y a urgence et les artistes Haïtiens doivent toujours devant l’indicible être
tendus, comme l’est la reine de cœur Emeline Michel, devant ce qui est. Compte
tenu qu’il ne nous reste que cet art, aujourd’hui, culte du bien et du beau
pour essouffler un supplément d’âme, d’unité et fraternité à cette communauté
d’hommes et de femmes qui souffrent d’un pays qui se meurt.
Et à chaque fois que j’écoute des artiste comme
Émeline, de véritables chantres, des porte-étendards d’une grande culture, je
me prends à rêver et qui sait de quoi demain sera fait! La reine était la
semaine dernière dans nos murs à Montréal dans le cadre du Compafest et vous
pouvez vous imaginer que c’était fête. Toute sa cour, la foule nombreuse que
nous étions, ses sujets ont su déguster avec délectation ses nombreuses
chansons. Et c’était beau de voir les Haïtiens chantés en cœur Haïti chérie.
Cela m’a donné du cœur au ventre et j’ose espérer depuis contre tous les
démentis comme Madame Émeline Michel, l’artiste utile!
ArtCult/19-07-09 |