|
CLAUDE RIBBE
S'INSURGE : << l’autre Dumas", de Safy Nebbou, avec Depardieu : un film
français nul et ouvertement négrophobe. >> -
Ca sent de la grosse boucane qui arrive dans le
monde du cinéma en France. Comment exhumer ceux qu'on a inhumé depuis des
siècles sans risquer la puanteur, c'est ce que nous offriraient de gros
calibres.
L'Histoire n'est pas aux oubliettes malgré les
cachots lugubres de l'humanité de l'homme. À quoi doit s'attendre quand on
voit sur la ligne d'arrivée : Depardieu, Dumas, Ribbe, le Nègre et le Gaulois,
la joute oratoire est historique mais dynamique. Les artifices du 7ième art
sont convoqués en parallèle à une première visite évoquée. Un descendant de
Napoléon, un président français, pour la première fois, sur le sol de 1804,
c'est ce que nous propose Claude Ribbe, en toile de fond. Mieux, l'espace est
complètement occupé par les hommes du Pensylvania avenue de Washington. Haïti
sera-t-elle la scène d'un autre combat, ou, l'Histoire va-t-elle se réécrire
différemment ?
La question que risque le président français :
le contentieux est-il si différent aujourd'hui. Comme une balle dans la foule,
comme un poing dans la mêlée. Claude Ribbe ne s'est pas avancé jusque là,
c'est du grand écran qui risque de se confondre avec du reality show du petit
écran.
Au menu
Claude Ribbe, écrivain, cinéaste, intellectuel,
nous dit ceci : << Personne n’a pu échapper à la promotion extrêmement
agressive entreprise pour le film L’Autre Dumas dont le propos est
de ternir la réputation du romancier Alexandre Dumas, afro-descendant,
fils d’esclave haïtien, de le ridiculiser en le faisant représenter par Gégé
Depardieu le « Gaulois », et de provoquer tous les descendants d’esclaves ou
d’indigènes de France par une offensive raciste tous azimuts destinée à
assurer, par la polémique, la promotion du film. >>
En communication politique on dit, parle de moi
en bien ou en mal mais parle de moi. On imagine facilement que le marketing
trouve son jus là-dedans aussi. Claude Ribbe alimente-t-il la polémique,
juteuse pour imposer Dumas ou, se fâche-t-il pour rien ? Y a-t-il risque d'un
coup de théâtre ?
Claude Ribbe poursuit : << Le père
d’Alexandre Dumas, le romancier, s’appelait également Alexandre Dumas. Il
était né esclave en Haïti >>. << Un dessinateur, Cham (descendant du comte de
Noë, le propriétaire de Toussaint-Louverture) le persécuta à coup de
caricatures toutes plus racistes les unes que les autres. Quand Dumas quittait
un salon... >>. Le scénario n'est sans importance puisque cette même
présidence s'était ravisée, à l'époque de l'allusion aux poupées vaudou, elle
aurait eu peur. Qu'est ce qui aurait changé depuis ?
Le cinéaste sort sa vérité : << Je brisai
l’omerta en osant écrire que son père était né esclave. Alexandre Dumas, le
dragon de la Reine (épuisé) était la seule biographie publiée en France depuis
la mort du général (mis à part celle d’Ernest d’Hauterive, époux de l’arrière
petite-fille du général, qui était parue en 1897). J'ai récidivé avec Le
Diable noir (publié chez Alphée en 2008 et que j'ai moi-même adapté en
documentaire de 52', préacheté mais non encore diffusé par France 2, avec
Stany Coppet dans le rôle du général Dumas). >>.
L'histoire nous met donc en face : Dumas qui
publiait énormément, surtout des feuilletons, et vivait de sa plume. Le post
colonialisme revu et corrigé, vu de Paris. Une terrible catastrophe dans le
pays de naissance du général Dumas. La participation d'un grand acteur de la
scène que Claude Ribbe ne ménage pas : pour les mêmes raisons que Dumas, sans
doute, (l’argent), Depardieu a participé à des films qui étaient indignes de
son talent. Celui-ci est vraiment en tête de liste de ses navets alimentaires.
Mais c’est en plus un film abject, dixit le précité.
Le scénariste ou l'auteur nous offrira-t-il une
suite logique ou des coups de théâtre successifs puisque Gégé Depardieu n'est
pas sourd quand il le veut.
Si la scène offre au public le niveau de
réalisation de Faubourg 33, les amateurs afflueront à coup sûr. Mais qui mène
la danse : le descendant de Napoléon, la parenté de Dumas, l'acteur de
première et de seconde classe ?
Les caméras se sont donné rendez-vous dans le
pays de l'imaginaire. Attendons la projection. Cinéma cinéma !
Cine/07-02-10 |