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SAVEUR DU MONDE : LA CUISINE DES GRANDS CHEFS
Par
Jean Clot
« Immigration réduite dans
sa soupe traditionnelle aux lois » du grand chef français Nicolas
Nicolas est un grand chef, il n’y a aucun doutes
là-dessus, cependant son problème, c’est qu’il a tendance à être peu créatif
et imiter quelque peu ses homologues nord-américains ; il veut parfois faire
dans l’exotisme en assaisonnant à la mode texane, ce qui ne lui réussit pas
toujours très bien, toutefois le chef français nous propose quand même
certains plats gastronomiques qui lui sont propres, et sait malgré tout
comment surprendre notre palet.
Pour réaliser cette recette, il faut tout d’abord
sélectionner des lois bien fermes ; choisissez également des réglementations
strictes, des législations rigides à souhait, et autres volumineuses
entraves. Plongez le tout dans une conjoncture sociale et économique aigre,
puis laissez mijoter à couvert, pour ne rien perdre de l’arôme.
Préparez ensuite les immigrés de la façon
suivante : faites les premièrement dégorger longuement afin d’éliminer au
mieux toutes impuretés et fumet de leur terre d’origine. Coupez ensuite
soigneusement la racine (qui peut être parfois récalcitrante) et jetez-la, en
effet vous n’en tirerez rien de bon. Dans un deuxième temps, faites blanchir
les immigrés, émondez-les, puis incorporez-les au bouillon de lois qui se sera
entre temps épaissi.
Ajoutez une portion de ségrégation, un bouquet
d’humiliations et un doigt de racisme pour lier le tout. Aromatisez ensuite
copieusement. Faites toutefois attention, évitez toutes épices et condiments
d’origine africaine qui pourraient adultérer le plat ; leur préférer en
revanche un assaisonnement bien français fleurant bon le terroir : une poignée
de nationalisme finement flatté, une pincée de patriotisme, sans oublier
d’ajouter du gros rouge qui tache pour donner une saveur plus authentique.
Laissez bouillir longuement et à petit feu les
immigrés dans le potage jusqu’à réduction de moitié ; puis, une fois leur
consistance devenue très tendre, fouettez-les vigoureusement afin d’obtenir
une main d’œuvre bien docile.
C’est prêt ! Il ne vous reste plus qu’à servir
avec un bon vin rouge (français bien sûr, et d’origine contrôlée), mais sachez
qu’une eau minérale de Vichy peut aussi parfaitement accompagner le plat.
Le conseil
du chef : servir une mousse de manipulation comme dessert ; celle-ci est
assez commune mais a le mérite d’une part d’être extrêmement simple à
préparer, et d’autre part d’aider à la digestion du plat précédent. Mélangez
de grands discours alarmistes et de la crème d’insécurité, puis battez le tout
avec insistance. Les médias sont d’excellents ustensiles (le grand chef
recommande la marque TF1) : ils permettent d’incorporer beaucoup d’air et de
faire gonfler le mélange, et obtenir ainsi une mousse légère et onctueuse qui
enchantera le fin gourmet. Saupoudrez avec un peu de poudre aux yeux pour
décorer, et servez.
Voilà,
régalez-vous ! Culture/20-03-09 |