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DIMANCHE SOIR
À LA CHAUX-DE-FONDS PATRIMOINE MONDIAL À L'UNESCO -
Mois de
décembre 2007, 130 signataires à soutenir une candidature.
Un peu plus
tard, le vendredi 21 décembre,
documents en main, Ernst Iten, ambassadeur auprès de l'Unesco à
Paris, organise le dépôt au centre du Patrimoine mondial de l'institution. Un atout
majeur dans les cordes :
Karl Marx dans son temps, prend
comme exemple l’industrie horlogère du Jura suisse et invente à propos de La
Chaux-de-Fonds le terme de « ville-manufacture ».
Depuis,
Tourisme neuchâtelois, à pied ou en petit train, à la découverte de ce
patrimoine reconnu le 27 juin 2009 par l'UNESCO, joue en fanfare.
La décision est-elle de l'initiateur du mouvement
signataire, était-elle inspirée d'une démarche antérieure infructueuse ? Le
projet était-il une politique de revalorisation locale ? Mais, la
véritable question : comment se classer patrimoine mondial à l'UNESCO ?
II ne suffit pas de vouloir, il faut susciter un
intérêt particulier, démontrer des valeurs uniques, chercher du support,
déposer un dossier, défendre ce dossier, bousculer les agendas. La
Chaux-de-Fonds portait déjà un nom qui interroge. Est-ce une mine, une
ancienne mine, une histoire ou quoi ?
D'où, une autre question pertinente après
l'obtention du statut.
Comment garder son statut
de patrimoine mondial mais, évoluer ? Une dimanche soir d'hiver ne peut tout
dévoiler mais, aide à découvrir les dessous d'une vie, celles d'une ville
aussi !
Rencontrer La
Chaux-de-Fonds commence d'abord par approcher le pays de Neuchâtel pour notre
grand voyageur. Découvrir les dessous d'un patrimoine mondial n'est pas sans
risque pour un étranger. Quoi toucher, qui introduire, que remporter, comment
photographier, les réponses ne sont pas évidentes, quand on veut une preuve
physique qui démontre. Comment ne pas devenir suspect dans ce pays de
longue-vue et de site protégé ?
L'aventure commence par une première visite où notre
grand voyageur s'installe à Bevaix, après Yverdon mais, avant Neuchâtel la
ville. Son premier point de repère, trouver un Mc Donald pour mesurer la
modernité. Carnaval à Yverdon, soirée glaciale à Neuchâtel, le signe est
évident, il y a affluence, deux villes, deux Mc Donald, la nouvelle a passé.
Et La Chaux-de-Fonds ?
En attendant le Locle.
L'histoire le
considère comme la première localité des Montagnes neuchâteloises. Un no
stress land avec free pollution. Permettez l'anglicisme mais il
sonne mieux, d'ailleurs tourisme égale anglophone dans ce pays de rails en
surface. Même en montagne. Une nature époustouflante, la ville du Locle est reconnue comme
le berceau mondial de l'horlogerie.
C'est le début du XVIIIe siècle. La
singularité des villes du Locle et
de La Chaux-de-Fonds se confond avec l'histoire de l'industrie horlogère
pourtant inspirée d'Angleterre. Une importation devenue symbole. C'est aussi la version de Tourisme
neuchâteloise.
Das Kapital de Karl Marx en grand renfort. Il
y a des humains, des travailleurs. Spécialisés. Alors on en parle. Après des
salons de haute horlogerie à Genève et à Basel, notre grand voyageur n'avait plus le
choix que de tenter de comprendre ce qui pousse à adopter une industrie
particulière si complexe. Gérer efficacement un si petit espace peu
accessible, horlogerie comme territoire.
Le visiteur fait rapidement connaissance avec une
organisation qui identifie discrètement mais systématiquement tous les
inconnus. Les caméras sont partout, cachées, visibles, comme les citadins avec
leurs jumelles derrière les fenêtres. On surveillerait le patrimoine.
L'horloge ou le terroir ?
Le
visiteur est pourtant pluraliste car la réputation du produit manufacturé
n'est plus à faire. Mc. Donald l'aurait compris, il est de ceux qui viennent
chercher leur part.
Le premier essai n'était donc pas le bon. Notre
visiteur investit toute la région côtière, basé encore une fois à Bevaix,
visite à nouveau Neuchâtel, avant de rentrer le lendemain dimanche dans La
Chaux-de-Fonds. Vouloir surprendre un patrimoine mondial au moment où il ne
s'attend guère. Un dimanche après-midi, peu avant le soir, pas d'accueil
touristique, même la police est invisible. Tout se passe là, à la recherche d'un
Mc. Donald, juste pour savoir s'il est fréquenté et par qui !
La
Chaux-de-Fonds a aussi son McDo, juste à côté de sa gare. On s'y croirait à
Disney.
Le Comité du patrimoine mondial de l'Unesco s'est
prononcé favorablement fin juin 2009 pour l'inscription des villes de La
Chaux-de-Fonds et du Locle en raison de la valeur universelle exceptionnelle
de leur urbanisme horloger.
L'année
2008 avait été consacrée à l'époque pour l'expertise du dossier. Quelle
différence pour le citoyen, le visiteur en 2010
quand, à la fin du XIXe siècle, les deux
villes connaissent une très grande prospérité dans le domaine de l'horlogerie
et de la mécanique, avec des conséquences sur leur développement urbanistique
: logements et ateliers se côtoient dans les mêmes immeubles.
Chaque citoyen
serait donc gardien du patrimoine. Avec ses jumelles, derrière les fenêtres. Quand, située
dans les montagnes du Jura suisse, sur des terrains peu propices à
l’agriculture, il faut importer pour se nourrir.
La Chaux-de-Fonds paraît vraiment particulière.
L'accès d'abord, il faut grimper en voiture pour tomber brusquement dans un
autre monde. Longs tunnels, courbes dangereuses, chaussée glissante, en altitude
on frise les 1300 mètres. Long boulevard,
câblé à l'infini pour un système de transport collectif, etc. Quand on
y arrive, le paysage offre les émotions d'une autre époque. Une ville cachée
avec peut-être des secrets. On ne peut quitter la ville sans se faire repérer. Curieux, la gare offre pourtant un spectacle de
soulards, de bagarreurs. C'est un dimanche après-midi d'hiver. La longue-vue
n'a rien vu, la caméra n'a rien capté. C'est le dessous d'un patrimoine gardé.
À La Chaux-de-Fonds, le mécanisme est à
l'horloge, ce que ce patrimoine est au pays de Neuchâtel. Un moteur qui
tourne. Notre voyageur quitte en transit, malgré la roue dentée de
l'engrenage.
Int/07-03-10 |