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O Canada!
Protègera nos foyers et nos droits
par Shujaat Wasty membre du conseil
pour le Centre de Recherche de l'Asie du Sud (CERAS), à Montréal.
En tant que musulman né et élevé au Canada, je ressens beaucoup de fierté
envers mon pays; je porte fièrement l'emblème du pays, la feuille d'érable,
lorsque je voyage à l'étranger, je parle couramment les deux langues
nationales de notre pays et je peux aussi chanter l'hymne national dans les
deux langues (bien que c'est n'est pas aussi bon que Lyndon Slewidge d'Ottawa,
mais peu peuvent affirmer cela) et je suis un partisan avide de hockey autant
que cela est possible. Bref, je suis à la fois un canadien patriotique et un
musulman pratiquant; leurs identités n'étant ni différentes ni inadaptées,
mais plutôt complémentaires l'un à l'autre.
Cependant certaines questions tourmentent mon esprit: comment se fait-il que
lorsqu'un canadien chrétien, juif, hindou ou bien sikh commet un crime, leurs
pairs religieux ne sont pas demandés de demander pardon pour le criminel,
alors que lorsqu'un canadien musulman commet un crime, tout les musulmans sont
attendus à faire ainsi? Pourquoi les croyances d'un criminel sont-elles
associés avec lui seulement si ce dernier est un musulman? Pourquoi se fait-il
que lorsque les dirigeants et les membres de la communauté musulmane dénoncent
inlassablement le terrorisme et le condamne sans équivoque, cela passe souvent
inaperçu?
À la lumière des arrestations récentes survenues en Ontario, il est plutôt
malheureux de constater que les ''grands'' médias exhortent négligemment une
hystérie anti-musulmane tout en négligeant le fait que les suspects
présentement accusés d'un crime sont selon nos principes démocratiques,
innocents jusqu'à prouvé coupables à la suite d'un procès équitable. Bien que
les accusés n'aient pas encore été amenés en court, le cirque médiatique a
déjà dévoilé des endroits précis comme étant des cibles d'attaques terroristes,
basé sur une préparation issue d'un sensationnalisme ne provenant aucunement
des accusés ni des autorités.
Similairement, il est totalement irresponsable de la part des autorités
gouvernementales, y compris le premier ministre Stephen Harper (qui avait de
la difficulté à masquer son contentement durant son discours suite aux
arrestations), de faire des déclarations trompeuses et des insinuations de ''nous''
versus ''eux''. Des déclarations promouvant la peur telles que celles-ci ne
font que renforcer négativement les sentiments et les stéréotypes dans notre
société menant ainsi à une plus grande isolation et divergence des communautés. Le
premier ministre Harper pourrait en apprendre beaucoup sur comment être une
figure publique responsable en prenant pour exemple Gilles Duceppe du Bloc
Québécois, plusieurs membres du NPD et bien d'autres. Ce même conseil pourrait
être donné au membre libéral Wajid Khan, dont ses remarques à la télévision et
à la radio contenait une surcompensation frénétique.
D'autre part, il est réconfortant de voir que les déclarations faites par le
CSIS, la GRC et par le maire de Toronto placent ces arrestations dans leur
contexte approprié, soit des activités criminelles par des suspects qui dans
aucun cas implique la population musulmane canadienne. Si les accusés sont
reconnus coupables dans un procès de loi, alors je suis extrêmement
reconnaissant à nos forces de sécurité et je les applaudis pour leur
vigilance.
Du même coup, les Canadiens doivent ignorer les rhétoriques sans fondement
perpétuées par certains éléments de notre société qui font échos aux dangereux
et nuisibles courants de pensée employés présentement à Washington. Nous nous
devons de scruter les causes réelles du terrorisme de même que leurs raisons
et les problèmes que certains peuvent avoir contre le Canada. Il n'en demeure
que le fait d'avoir troqué notre rôle traditionnel de casques bleus
internationaux pour celui de chargé de missions de combat alliés aux
Etats-Unis en Afghanistan a, et continuera de, créer des sentiments
d'animosité envers nous dans plusieurs parties du monde.
De plus, notre réputation en tant que pays neutre voulant amener la paix par
la justice dans des régions où règne des conflits a été entaché par les
politiques unilatérales de notre gouvernement envers les groupes opprimés.
Ceci causera sans aucun doute plus d'antipathie envers le Canada à travers le
globe.
La population canadienne doit prendre un peu de recul et déterminer si nous
suivons bel et bien nos propres principes de neutralité, paix et justice ou
non. Nous devons comprendre que ce sont ces valeurs qui nous ont donné notre
brillante réputation bien méritée dans le monde et qui nous a fait une nation
digne de révérence. Nous devons reconnaître que ces mêmes valeurs sont en
train d'être détournées de leur signification et par conséquent, créant du
danger pour notre pays et nos concitoyens.
Pour le moment, nous devons nous abstenir de prendre une communauté entière
comme bouc émissaire pour les actions d'une minorité significative. Mon amour
pour cette grande nation et mon adhérence à ses valeurs sont tout aussi forts
que n'importe quel autre canadien; ce n'est pas le droit d'un individu de le
questionner.
Shujaat Wasty est un membre du conseil
pour le Centre de Recherche de l'Asie du Sud (CERAS), à Montréal.
lettres &
opinions/politique/12-06-06 |