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René Préval au
cœur de l'actualité
par Abel Descolines
Il a fallu que les
médecins cubains rassurent René Préval sur son état de santé jugé stable pour
que le Président haïtien se remette véritablement au travail. Bien qu’il soit
contraint à un régime alimentaire particulier et à des séances de
sport, l’année 2007 semble apporter un nouveau souffle au chef de l’Etat
haïtien. Si tant est, M. Préval dément tous ceux qui
l’accusaient d’un service minimum à la Présidence de la République.
Insécurité, instabilité politique, tourisme, diplomatie, coopération
bilatérale et multilatérale, drogue, corruption…Aucun sujet n’a échappé à
l’appréciation du chef de l’Etat en ce début d’année. Souvent accusé de
laxisme par des adversaires politiques du fait notamment de son silence face à
des problèmes sociaux récurrents, René Préval semble disposé
à faire entendre sa voix.
Quoique interrompu pour
des raisons techniques le Président René Préval a dénoncé, lors de son
discours du 1er janvier 2007 aux Gonaïves, la division politique
qui, selon lui, entrave la stabilité et le développement économique du pays.
Le chef de l’Etat a lancé un appel à l’unité nationale en vue de la
reconstruction du pays. M. Préval a parlé des effets positifs de l’unité entre
certaines forces politiques du pays en évoquant le décaissement éventuel pour
Haïti de plus de 950 millions de dollars américains. Il s’agit en effet des
fonds promus par la communauté internationale suite à la formation du
gouvernement d’union dirigé par l’actuel Premier ministre Jacques Edouard
Alexis.
Réagissant aux propos du
chef de l’Etat, des responsables politiques croient savoir que l’appel à
l’unité lancé par M. Préval s’adresse directement à l’ex-président Jean
Bertrand Aristide. M. Evans Paul de l’Alliance démocratique impute à M.
Aristide et ses partisans la violence politique qui secoue le pays. Cependant,
d’autres dirigeants politiques affirment que M. Préval ne peut pas être le
garant de l’unité nationale. De l’avis de ces responsables, le Président
haïtien est lié aux partisans violents de l’ancien régime lavalas.
Au Palais national où il
recevait la presse à l’occasion de la traditionnelle cérémonie des vœux, le
Président de la République a réitéré son appel à l’unité nationale. Mais cette
fois, il a aussi dénoncé les disparités sociales qui existent au sein de la
société haïtienne. L’occasion a été également pour le chef de l’exécutif de
réaffirmer la volonté de son gouvernement à combattre l’insécurité et le
kidnapping auxquels fait face la République. René Préval a indiqué que la
MINUSTHA et la police nationale continueront à mener des opérations ciblées
en vue de traquer les présumés kidnappeurs. Mais le Président a
toutefois réaffirmé son attachement au
dialogue et à la réinsertion des hors-la-loi qui optent pour la remise des
armes de manière pacifique. Il faut dire que les garanties de sécurité du chef
de l’Etat n’ont pas tout à fait atténué la peur de l’opinion nationale sur la
problématique du kidnapping. En effet, les haïtiens restent sceptiques quant
à la capacité de la police d'assurer un climat de paix dans la société.
S’agissant de la MINUSTHA, les haïtiens disent encore attendre des signes
clairs de la volonté internationale pour aider à la stabilisation du
pays. « Nous voyons circuler depuis trois ans beaucoup d’étrangers dans ce
pays, mais malheureusement nous sommes toujours en proie à de grandes
difficultés », raconte un habitant joint par téléphone à Port-au-Prince.
Depuis son retour
rassurant de Cuba fin décembre, le Président René Préval multiplie les
déplacements à l’étranger, particulièrement en Amérique Latine. Tourisme,
trafic de drogue, diplomatie, coopération bilatérale et multilatérale sont
entres autres sujets ayant dominé ses voyages
officiels. Selon René Préval, il est nécessaire pour Haïti de tisser de bonnes
relations avec les pays de la région. Pour le chef de l’Etat, Haïti doit
s’assurer de l’engagement d’autres pays Sud-américains en vue de combattre le
fléau de la drogue. Il a en ce sens annoncé pour bientôt la tenue d’un Sommet
lors duquel différents chefs d’Etats de la Caraïbe et de l’Amérique Latine
conviendront d’une stratégie commune pour
mieux contrôler le trafic des stupéfiants. Mais ses déplacements ont aussi
permis à M. Préval de rencontrer d’autres dirigeants du monde. Ainsi, alors
qu’il participait à l’intronisation de son homologue nicaraguayen Daniel
Ortega, le Président haïtien a eu des entretiens avec des représentants de la
Libye. A en croire René Préval, les dirigeants libyens seraient intéressés à
établir des relations diplomatiques et bilatérales avec Haïti. Une délégation
libyenne devrait bientôt séjourner à Port-au-Prince selon le chef de l’Etat.
Mais l’on signale qu’en
matière diplomatique, les retombées ne viennent pas toujours d’un déplacement
ou d’une rencontre officielle à l’étranger, peu importe la dimension et le
contenu. De l'avis des spécialistes, fort souvent, les résultats dépendent de
la suite et de la mise en œuvre des échanges diplomatiques ou commerciaux. A
ce propos, il est à craindre que l’impulsion diplomatique du chef de l’Etat
haïtien à l’étranger ne soit pas suivie d’effets. Inquiétude due à l'état
d'isolement dans lequel fonctionne la
diplomatie haïtienne dans certaines régions du monde. Alors qu'à l’intérieur
du pays, la continuité de l’Etat fait
toujours défaut.
A l’Assemblée Nationale où
il s’exprimait à l’occasion de l’ouverture de la 2ème
session du Parlement, le Président René Préval a fait état des
obstacles qui à ses yeux empêchent les
haïtiens de vivre dans de meilleures conditions. Il s’agit entre autres des
problèmes du chômage, de santé, d’électricité, d’infrastructures,
d’insuffisance alimentaire, d’insécurité et de corruption. René Préval, qui
n’a pas précisé les moyens qu’il
compte mettre en œuvre pour résoudre
ces problèmes, a toutefois appelé à
l’élaboration d’un plan de développement sur 25 ans.
Il faut cependant rappeler
que la lutte contre la corruption évoquée par le chef de l’Etat a toujours été
un vœu pieux au sein des différents
gouvernements haïtiens. Jamais une politique de rigueur et de
responsabilité n’a été mise en place. Dans ce pays, à tort ou à raison, le
combat contre la corruption a toujours été une affaire de règlements de compte
entre gouvernements successifs. Qu’ils soient Président de la République,
Premier ministre, ministres…Tous se cantonnent à des déclarations de bonnes
intentions. Mais des décennies après, il n’y a toujours rien de fait. A gauche
comme à droite, la corruption n’a pas de couleur politique en Haïti. Ils sont
tous concernés. Évidemment, certains par omission d’autres par soumission, ou
carrément volonté délibérée.
En dénonçant la
contrebande et la corruption, M Préval n’en est pas à son premier coup
d’essai. On rappelle que lors de son premier mandat entre 1995 et 2001, il
avait lui-même procédé au Palais national à l’interrogatoire de M. Edouard
Narcise Charles, alors directeur de la Cimenterie d’Haïti, soupçonné de
corruption. Digne d’un scénario d’Hollywood, l’arrestation de M. Narcise
Charles a été orchestrée à sa sortie du Palais national. Après plusieurs mois
de prison, cet ancien directeur a été libéré par la justice haïtienne. Lors du
jugement qui a précédé sa mise en liberté, ses avocats avaient dénoncé une
arrestation politique. En effet, on avait prêté à M. René Préval des rapports
conflictuels avec l'ex-patron de la Cimenterie d'Haïti. Il s’avère que depuis
cette arrestation spectaculaire, plus rien
n’a été fait pour dissuader les corrompus.
Il est vrai que la
corruption est à la fois une affaire sensible et complexe. Quoi qu'on en dise,
Haïti est loin d'être un cas unique parmi les Etats. Ses pratiques de
corruption attirent davantage l’attention compte tenu de son seuil de
pauvreté. Le fait en tout cas pour le Président Préval d’évoquer ce dossier
peut contribuer à conscientiser la société. Néanmoins, il serait illusoire de
prétendre combattre la corruption sans avoir engagé des réformes en
profondeur. Car cela dépend par dessus tout du mode de fonctionnement des
institutions.
Pour combattre la
corruption, il n’y a pas forcément besoin de créer de nouvel organisme comme
ce fut le cas avec le gouvernement de Gérard Latortue. Il s’agit par exemple
de transformer la Cour des comptes et des contentieux administratifs en un
vrai organisme de contrôle des fonds et des dépenses de l'Etat. Il faudra à la
fois repenser sa structure, son image, sa composition et de surcroît sa
véritable autonomie. Cette institution ne pourra jamais exercer son pouvoir de
contrôle tant qu'elle restera tributaire du bon vouloir des pouvoirs
politiques. Le Parlement devra, en ce sens, envisager l'adoption de nouvelles
dispositions législatives afin de crédibiliser la Cour des Comptes. Il n'est
pas normal que ce soit uniquement les trois pouvoirs qui décident de la
nomination des principaux conseillers de cette institution. Le favoritisme
engendre fort souvent la complicité qui est un élément majeur dans la
corruption. La durée des nominations ne devraient pas être automatique au sein
de cette instance. Il est inacceptable que la République paie des gens
pendant dix ans, sans rien faire.
Pour combattre la
corruption et dissuader corrompus et corrupteurs, L'Etat devra par exemple
travailler à la formation et à l'installation dans les principaux tribunaux du
pays de juges spécialisés dans l'anti-corruption. Ce sera tout au moins un
acte fort et de bonne volonté !
Forum Permanent des haïtiens de la diaspora -
lette&opinions/18-01-07
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